La règlementation multiprise ERP expliquée

Mise à jour du 22 septembre 2026 : la version précédente de cet article attribuait l’article PE 24 au Code de la construction et de l’habitation, alors qu’il appartient à l’arrêté du 25 juin 1980, et présentait une limite de puissance comme une règle ERP, ce qu’elle n’est pas. L’article a été entièrement revu et chaque affirmation réglementaire porte désormais sa référence.

Vous exploitez un établissement recevant du public et vous vous demandez si vos multiprises sont autorisées. La réponse tient en une phrase du règlement de sécurité, mais cette phrase est souvent mal citée et mélangée à des recommandations qui n’en font pas partie.

Cet article porte sur les ERP de 5e catégorie sans locaux à sommeil. Il sépare ce que le texte impose de ce qui relève des bonnes pratiques électriques, et explique la raison d’être de chaque point.

Si vous vous demandez d’abord si votre local est un ERP, voyez la définition de l’Établissement Recevant du Public.

Réponse rapide

En 5e catégorie, l’article PE 24 § 1 de l’arrêté du 25 juin 1980 interdit l’emploi de fiches multiples. Les blocs multiprises à cordon (les « socles mobiles » du texte) ne sont pas interdits, mais leur usage doit être limité par un nombre suffisant de prises murales. Cette règle s’applique aussi aux établissements qui reçoivent 19 personnes ou moins.

Pour comprendre ce que recouvre exactement l’interdiction, il faut d’abord distinguer deux objets que l’on appelle tous deux « multiprise » dans le langage courant.

Fiche multiple, socle mobile : deux objets que le texte distingue

Le règlement n’emploie jamais le mot « multiprise ». Il utilise deux termes différents dans la même phrase, et leur attribue deux régimes différents : l’un est interdit, l’autre est à limiter. C’est ce contraste qui permet de savoir de quel objet on parle.

Ce que le texte appelle une fiche multiple

La lecture couramment retenue par les préventionnistes désigne sous ce terme l’adaptateur sans cordon qui s’enfiche directement dans une prise murale et offre plusieurs prises : la « triplette », le « cube ». Le texte ne donne pas de définition ; cette lecture découle de l’opposition avec le socle mobile, que le même paragraphe traite autrement.

Ce que le texte appelle un socle mobile

Le socle mobile est le bloc de plusieurs prises relié à la prise murale par un cordon : ce que l’on trouve dans le commerce sous le nom de « bloc multiprise » ou de « rallonge multiprise ». Le règlement ne l’interdit pas. Il demande que le nombre de prises murales soit adapté à l’utilisation, pour que l’on ait le moins possible besoin d’y recourir.

Cette distinction posée, voyons le texte lui-même et ce qu’il impose exactement.

Ce qui est interdit, ce qui est autorisé

Texte réglementaire : arrêté du 25 juin 1980, livre III, article PE 24 § 1, quatrième alinéa

« L’emploi de fiches multiples est interdit. Le nombre de prises de courant doit être adapté à l’utilisation pour limiter l’emploi de socles mobiles. Les prises de courant doivent être disposées de manière que les canalisations mobiles aient une longueur aussi réduite que possible et ne soient pas susceptibles de faire obstacle à la circulation des personnes. »

Ce paragraphe contient trois règles distinctes. Une interdiction (les fiches multiples), une limitation (les socles mobiles, à réduire par un équipement mural suffisant) et une règle de disposition (les cordons et rallonges, à garder courts et hors des circulations).

Matériel ou usageStatutFondement
Fiche multiple (triplette, cube) branchée au murInterditPE 24 § 1 : « l’emploi de fiches multiples est interdit »
Bloc multiprise à cordon (socle mobile)Autorisé, à limiterPE 24 § 1 : le nombre de prises murales doit limiter leur emploi
Rallonge ou cordon qui traverse un passageNon conformePE 24 § 1 : les canalisations mobiles ne doivent pas faire obstacle à la circulation des personnes
Rallonge plus longue que nécessaireNon conformePE 24 § 1 : longueur « aussi réduite que possible »
Bloc multiprise branché sur un autre bloc (cascade)Non visé nommémentVa à rebours de la limitation des socles mobiles et de la longueur réduite des canalisations mobiles ; déconseillé en sécurité électrique générale

Une règle qui s’applique dès le plus petit ERP

L’article PE 2 § 3 allège fortement les obligations des ERP de 5e catégorie sans locaux à sommeil qui reçoivent au plus 19 personnes : seuls les articles PE 4, PE 10 B, PE 24 § 1, PE 26 § 1 et PE 27 leur sont applicables. PE 24 § 1 figure dans cette courte liste.

Ce choix n’est pas anodin. Le règlement dispense les très petits établissements de la plupart des règles de construction, mais pas de celle-ci. Le risque électrique ne dépend pas du nombre de personnes reçues : une prise surchargée chauffe de la même façon dans une boutique de 30 m² que dans un grand magasin.

Les autres articles de ce régime sont présentés dans notre page sur les ERP de 5e catégorie recevant moins de 20 personnes.

Pourquoi citer PE 24 et non EL 11

Une grande partie des sources en ligne cite l’article EL 11 § 7, dont le texte est presque identique. EL 11 appartient au livre II du règlement, qui vise les ERP des quatre premières catégories. Or l’article PE 1 § 1 précise que les dispositions du livre II ne s’appliquent pas en 5e catégorie, sauf renvoi exprès. Pour un ERP de 5e catégorie, la bonne référence est donc PE 24 § 1.

Et la norme NF C 15-100 ?

Le premier alinéa de PE 24 § 1 pose un objectif : les installations électriques doivent être réalisées de façon à prévenir les risques d’incendie ou d’explosion d’origine électrique. Il ajoute que les installations réalisées selon la norme NF C 15-100 : 2002 et ses amendements sont « présumées » satisfaire à cet objectif.

Une présomption n’est pas une obligation de moyen unique : c’est la voie la plus simple pour démontrer que l’installation fixe est conforme. En revanche, le règlement ERP ne fixe lui-même aucune limite de puissance pour une multiprise. Les chiffres de puissance que l’on rencontre relèvent des caractéristiques du matériel et des recommandations de sécurité électrique générale.

Reste à comprendre pourquoi le texte traite si différemment deux objets qui, à première vue, rendent le même service.

Pourquoi cette règle : le risque réel

Le règlement ne motive pas ses prescriptions. L’explication technique généralement avancée tient à la manière dont la fiche multiple sollicite la prise murale.

Une fiche multiple fait levier sur la prise qui la porte. Le poids des cordons branchés, les manipulations répétées et les arrachements tirent sur les contacts. Avec le temps, le contact se dégrade, la prise peut se desceller, et un mauvais contact chauffe. Un bloc à cordon, posé ou fixé à distance, n’exerce pas cet effort sur la prise murale. Il ne supprime pas pour autant le risque de surcharge : c’est pourquoi le texte demande d’en limiter l’usage plutôt que de l’autoriser sans réserve.

Bonne pratique électrique, hors règlement de sécurité ERP

Les deux points qui suivent ne sont pas des prescriptions de l’arrêté du 25 juin 1980. Ils expliquent le mécanisme du risque et aident à utiliser correctement un matériel autorisé.

Ce que le disjoncteur voit, et ce qu’il ne voit pas

Le disjoncteur du tableau protège le circuit fixe contre les surintensités et les courts-circuits. Il réagit à l’intensité qui traverse le circuit. Il ne mesure pas la température d’un contact ou d’un cordon.

Deux situations lui échappent donc. D’abord le mauvais contact : un contact desserré ou oxydé chauffe localement alors que l’intensité reste normale, et le disjoncteur n’a aucune raison de déclencher. Ensuite le matériel sous-dimensionné : si un bloc multiprise est prévu pour une intensité inférieure au calibre du disjoncteur, il peut être surchargé sans que la protection du circuit ne réagisse. Le disjoncteur fonctionne ; il n’est simplement pas conçu pour protéger ce qui est branché en aval.

Lire l’étiquette d’un bloc multiprise

Chaque bloc multiprise indique l’intensité maximale qu’il accepte. Multipliée par la tension du réseau (230 V), elle donne la puissance totale admissible. Par exemple, un bloc marqué 16 A accepte au plus 16 × 230 = 3 680 W, tous appareils confondus.

Additionnez la puissance des appareils branchés, inscrite sur leur plaque signalétique. Les appareils qui chauffent (bouilloire, cafetière, radiateur d’appoint) consomment le plus : consultez leur notice, certains fabricants y proscrivent l’usage d’un bloc multiprise.

Voilà pour la règle et sa logique. Voyons ce qu’elle donne dans trois situations fréquentes.

Cas pratiques

Une boutique qui reçoit une quinzaine de personnes

Derrière la caisse, une triplette alimente le terminal de paiement, l’imprimante de tickets et une lampe. L’établissement relève de PE 2 § 3, et PE 24 § 1 lui est applicable : la triplette doit être retirée. Un bloc à cordon est une solution immédiate. Si ce besoin est permanent, l’ajout d’une prise murale règle la question durablement, et c’est précisément ce que demande le texte : adapter le nombre de prises à l’utilisation.

Une salle de réunion avec vidéoprojecteur

Le vidéoprojecteur est posé au centre de la salle, alimenté par une rallonge qui traverse l’allée. Le matériel n’est pas en cause ; c’est sa disposition. PE 24 § 1 demande que les canalisations mobiles ne fassent pas obstacle à la circulation des personnes et soient aussi courtes que possible. Rapprocher l’appareil d’une prise, ou faire cheminer le cordon le long des murs, répond à cette exigence.

Un coin café dans un espace d’accueil

Une bouilloire et une cafetière partagent un bloc multiprise. Aucune règle ERP ne fixe de plafond de puissance, mais le bloc a une intensité maximale, et les appareils chauffants consomment beaucoup. Vérifiez le total sur les étiquettes et répartissez les appareils sur plusieurs prises murales si nécessaire. C’est aussi un point à signaler au technicien lors de la vérification des installations électriques prévue par PE 4 § 2.

Ces situations montrent que la plupart des écarts ne viennent pas d’une méconnaissance de la règle, mais de quelques confusions tenaces.

Erreurs courantes

  • Citer PE 24 comme un article du Code de la construction et de l’habitation. PE 24 est un article du règlement de sécurité approuvé par l’arrêté du 25 juin 1980.
  • Citer EL 11 pour un ERP de 5e catégorie. EL 11 relève du livre II, non applicable en 5e catégorie sauf renvoi exprès (PE 1 § 1).
  • Croire que toute multiprise est interdite. Seules les fiches multiples le sont. Les blocs à cordon sont autorisés, à condition d’en limiter l’usage.
  • Présenter une limite de puissance comme une règle ERP. Le règlement ne fixe aucun seuil de puissance pour les multiprises ; la limite est celle du matériel.
  • Penser qu’un petit établissement est dispensé. PE 24 § 1 fait partie des rares articles applicables aux ERP de 19 personnes ou moins (PE 2 § 3).

Restent les questions que les exploitants posent le plus souvent sur ce sujet.

FAQ

Mon bloc multiprise à cordon est-il autorisé ?

Oui. L’article PE 24 § 1 interdit les fiches multiples, pas les socles mobiles. Il demande en revanche que le nombre de prises murales soit suffisant pour limiter leur emploi, et que les cordons restent courts et hors des passages.

Puis-je brancher un bloc multiprise sur un autre ?

Le texte ne vise pas cette pratique nommément. Elle va cependant à rebours de ses deux exigences : limiter les socles mobiles et réduire la longueur des canalisations mobiles. Elle concentre aussi sur un seul cordon la charge de tous les appareils branchés. Une prise murale supplémentaire est la solution adaptée.

Mon établissement reçoit moins de 20 personnes : suis-je concerné ?

Oui. Un ERP de 5e catégorie sans locaux à sommeil qui reçoit au plus 19 personnes n’est soumis qu’à quelques articles, listés par PE 2 § 3. PE 24 § 1 en fait partie.

Mon établissement est ancien : la règle s’applique-t-elle ?

L’article GN 10 § 1 écarte l’application du règlement aux établissements existants, à l’exception des dispositions administratives, des contrôles, des vérifications techniques et de l’entretien. Mais l’interdiction de PE 24 § 1 vise « l’emploi » des fiches multiples, c’est-à-dire un usage d’exploitation, et l’article R143-3 du Code de la construction et de l’habitation impose aux exploitants de respecter les mesures de sécurité au cours de l’exploitation. Brancher une triplette aujourd’hui relève donc de l’exploitation actuelle, pas de la construction d’origine. Ce point relève de l’interprétation : en cas de doute pour votre établissement, votre SDIS pourra vous répondre.

Qui vérifie les installations électriques, et à quelle fréquence ?

Depuis le 1er juillet 2026, l’article PE 4 § 2 prévoit que l’exploitant procède ou fait procéder, tous les trois ans au plus, par des techniciens compétents, à l’entretien et à la vérification des installations et équipements techniques, dont les installations électriques. Cette obligation s’applique aussi aux établissements de 19 personnes ou moins, PE 4 figurant dans la liste de PE 2 § 3.

Le décret du 19 novembre 2025 a-t-il changé quelque chose ?

Il a supprimé, pour les ERP de 5e catégorie sans locaux d’hébergement du public, les demandes d’autorisation de travaux et d’ouverture au titre de l’incendie (articles R122-7 II et R122-5 II du Code de la construction et de l’habitation). Il n’a pas modifié le règlement de sécurité : PE 24 § 1 s’applique toujours. L’article R143-34 rappelle que les exploitants sont tenus de s’assurer que leurs installations sont maintenues et entretenues en conformité.

Le marquage CE suffit-il à rendre une multiprise conforme en ERP ?

Non. L’article PE 24 § 1 interdit l’emploi de fiches multiples sans distinction : une triplette marquée CE reste interdite. Pour les blocs à cordon, le texte demande d’en limiter l’emploi par un nombre de prises adapté à l’utilisation. Il ne mentionne pas le marquage CE.

Une rallonge simple est-elle une fiche multiple ?

Non. Une rallonge est une canalisation mobile : elle n’est pas interdite, mais PE 24 § 1 demande qu’elle soit aussi courte que possible et qu’elle ne gêne pas la circulation des personnes. Une rallonge terminée par plusieurs prises relève, elle, des socles mobiles, dont l’emploi doit être limité.

En résumé

  • La règle applicable en 5e catégorie est l’article PE 24 § 1 de l’arrêté du 25 juin 1980, pas un article du CCH, ni EL 11.
  • Les fiches multiples (triplettes, cubes) sont interdites.
  • Les blocs multiprises à cordon sont autorisés, mais leur emploi doit être limité par un nombre suffisant de prises murales.
  • Cordons et rallonges doivent rester courts et ne pas gêner la circulation.
  • Cette règle s’applique aussi aux ERP qui reçoivent 19 personnes ou moins.
  • Aucun seuil de puissance n’est fixé par le règlement ERP : la limite est celle indiquée sur le matériel.
  • Le décret du 19 novembre 2025 a supprimé une procédure, pas cette règle.

Notre point de vue

La règle sur les multiprises tient en trois phrases. C’est justement parce qu’elle est courte qu’elle se retrouve entourée de recommandations, de seuils et de mises en garde qui n’en font pas partie. Mélanger le texte et les bonnes pratiques ne rend pas service à l’exploitant : il ne sait plus ce qu’on peut lui opposer et ce qui relève du bon sens.

Depuis le décret du 19 novembre 2025, aucune demande d’autorisation au titre de l’incendie n’est plus exigée pour ce périmètre. Personne ne regarde donc vos prises avant l’ouverture. La règle, elle, n’a pas changé. C’est désormais l’exploitant qui porte seul cette vérification, et un tour de l’établissement pour retirer les triplettes reste l’une des mesures de prévention les moins coûteuses qui soient.

Sources

  • Arrêté du 25 juin 1980, livre III, article PE 24 § 1 (installations électriques), modifié par l’arrêté du 17 mai 2024, version en vigueur au 9 août 2026.
  • Arrêté du 25 juin 1980, livre III, article PE 2 § 3 (établissements recevant au plus 19 personnes), modifié par l’arrêté du 1er décembre 2025, version en vigueur au 9 août 2026, rédaction recoupée sur Légifrance le 22 septembre 2026.
  • Arrêté du 25 juin 1980, livre III, article PE 1 § 1 (non-application du livre II en 5e catégorie), version en vigueur au 9 août 2026.
  • Arrêté du 25 juin 1980, livre III, article PE 4 § 2 (entretien et vérification tous les trois ans au plus), modifié par l’arrêté du 1er décembre 2025, rédaction applicable depuis le 1er juillet 2026, recoupée sur Légifrance le 22 septembre 2026.
  • Arrêté du 25 juin 1980, livre Ier, article GN 10 § 1 (établissements existants), modifié par l’arrêté du 24 septembre 2009, version en vigueur au 10 août 2026.
  • Arrêté du 25 juin 1980, livre II, article EL 11 § 7, cité uniquement pour montrer qu’il ne s’applique pas en 5e catégorie, version en vigueur au 10 août 2026.
  • Code de la construction et de l’habitation, article R143-3 (obligations des exploitants en cours d’exploitation), version en vigueur au 15 septembre 2026.
  • Code de la construction et de l’habitation, article R143-34, premier et troisième alinéas (maintien et entretien des installations, responsabilité des exploitants), version en vigueur au 15 septembre 2026.
  • Code de la construction et de l’habitation, articles R122-5 II et R122-7 II, issus du décret n° 2025-1100 du 19 novembre 2025, en vigueur depuis le 21 novembre 2025.

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